vendredi 4 décembre 2015

Jour de repos

D’après tous les programmes d’entraînement, grimper tous les jours n’est pas conseillé. Il faut absolument observer un jour de repos.
Hors un jour de repos c’est : 24 heures sans grimper. Oui ! 24 heures sans crisper un seul graton, sans mettre une paire de chaussons, sans tâter la moindre colonnette…
Horreur !!! Une petite mort en somme.
- Non, car il existe, au moins 24 bons plans, pour transformer ce fameux jour de repos où il est totalement interdit de toucher du caillou, en une activité enrichissante.

1 - Lire un livre !
Le truc en papier où il n’y a que du texte sans cotation ni rubrique « accès » ni numéro de téléphone de camping… Ne s’appelle pas un topo, mais un livre.
Ça raconte une histoire et généralement c’est assez prenant.
Si tu trouves qu’il y a trop de textes, que tu préfères les magazines, il en existe qui abordent tous les sujets (les trains, la Grèce antique, la psychologie…).
Au pire achète-toi « Play boy » y’a encore moins de mots et les photos : quel choc !
Et puis lire un livre permet de trouver des citations ou des noms pour les voies que tu ouvres.

2 – Faire une B.A !
Ce sont les scouts qui ont inventé le concept et ce n’est pas la peine d’avoir un totem ni un foulard bariolé autour du cou pour faire une Bonne Action. Généralement c’est en ville que l’on trouve le plus grand choix de BA à faire.
Exemple 1 : Dès qu’un petit vieux se pointe tu l’attrapes sous le bras et tu le fais traverser en attendant bien que le petit bonhomme soit vert.
Exemple 2 : Tu choppes le cabas d’une petite vieille et tu lui portes ses commissions pendant toute la durée du marché
Dans la série, tu peux aussi nettoyer le pied de ta falaise favorite.

3 - Changer l’eau des poissons rouges !
Tu n’as pas de poisson rouge, tu n’as qu’un chat. Tant pis pour toi ! La caisse du chat, ça pue et c’est dégueu. Alors que changer l’eau des poissons : c’est rapide. Tu veux corser le jeu ?
Clic Linkin Park à fond sur ton I-Pod, mets les « carassius auratus » (nom scientifique du poisson rouge) dans ta bouche … Si tu arrives à changer l’eau du bocal sans avaler les poissons tout en accompagnant Chester quand il braille : « Runaway ». Tu gagnes !

4 - Faire de la musique !
Le didgeridoo reste un mystère, sortir le moindre son de cette branche d’eucalyptus sculptée par les termites me semble tout bonnement impossible. Pourtant il paraît que c’est bon pour maîtriser sa respiration.
Si tu n’y arrives pas non plus, n’essaye même pas le violon - surtout si tu as un colocataire sympa qui fait la vaisselle.
Si tu vis dans ton camion n’essaye pas non plus l’hélicon…
Si malgré tout, tu arrives à jouer du didgeridoo, tu peux aller au camping de Hidden Valley à Joshua Tree et participer au concert du soir.

5 - Aller à la piscine !
Non pas pour nager, je sais bien que ça ramollit la peau des doigts comme faire la vaisselle ou même se laver – j’en connais qui prennent leur douche avec des gants mappa – mais pour faire le cake avec tous tes muscles « compexés » auprès des ménagères de plus de 40 ans.
C’est surtout vachement utile pour enlever les marques de bronzage de ton T-Shirt Marcel fétiche des voies extrêmes.

6 - Apprendre une langue étrangère !
L’islandais ne te servira à rien ni sur place – il n’y a ni falaise ni bloc -  ni ailleurs - on n’a jamais vu d’Islandais à Bishop, Siruana ou Kalymnos -
Alors un conseil : apprend une langue qui peut servir comme l’espagnol ou l’italien (on ne sait jamais Pénélope et Monica peuvent se mettre à l’escalade).

7 –Faucher avec José Bové !
Faucher du maïs transgénique voilà une saine occupation ! C’est physique : tu travailles tes abdos. Tu peux avoir la chance de passer à la télé - c’est toujours bon pour ton sponsor -  et si tu restes jusqu’à ce que les flics sonnent la charge : tu travailles ton endurance. Que du bénef…
 
8 – S’engager dans une action !
GreenPeace, le pacte écologique de Nicolas Hulot ou le mouvement « Chérissons nos Hérissons » si tu veux, tu peux… 
Tu es toujours indécis ?
Aller je t’aide :  Adhérer au comité de soutien pour la libération d’Ingrid Bétancourt.
Je te mets même le site internet : http://www.betancourt.info

9 –  Faire de la peinture !
Cinq bombes de peinture… Un masque… De vieux vêtements (sinon tu vas te faire engueuler par ta reum)… Du hip hop dans ta boum box. Demande à ta meuf de faire le guet car c’est quand même interdit par les keufs.
Un joli mur… Et laisse parler ton imagination !
Le tag, c’est de l’art non ?
Si tu deviens vraiment bon, tu peux songer à marquer les noms au pied des voies sans faire couler la peinture… Ça changera.

10 – Si ton jour de congé tombe :
Le mardi-gras – fais-toi des crêpes !
Le 14 février n’oublie pas d’offrir une fleur à ta belle !
Le 1er mai : va vendre du muguet sur la place du village !
Le 21 juin – c’est la fête de la musique et tu peux enfin pratiquer le n°4 !
Le 14 juillet : va voir un feu d’artifice c’est beau !
Le 8 octobre : sainte Pélagie ! Ne cherche pas à la souhaiter, personne ne s’appelle comme ça. Et pourtant il paraît que les Pélagie sont très riches et très belles !
Le 25 décembre : déguise-toi en père Noël, c’est toujours rigolo !
Le deuxième week-end de juin : tant pis pour toi tu rates « Les joueurs de Blocs » en Ardèche.

11 – Organiser une réunion « Tupperware » !
Le concept de démonstration-vente à domicile est très lucratif et surtout, ça oblige à faire le ménage chez soi avant d’inviter les éventuels acheteurs (tes copains et copines qui sont aussi en jour de repos).
Si le plastique ne te branche pas trop essaye la lingerie fine ou les sextoys.
Si tu restes dans le plastique, va voir le n°22.

12 – Passer une journée avec tes beaux-parents !
La pêche à la mouche n’aura plus de secret pour toi après t’être levé à 4h du mat pour accompagner ton beau-père.
Tu seras la star du quartier -  le gendre qui grimpe à mains nues les montagnes -après avoir bu le thé et mangé des petits-fours en compagnie de ta belle-mère et de ses copines du quartier.
Profites-en pour te faire sponsoriser ton prochain trip à Bishop en échange d’une carte postale.

13 – Laisser rentrer un témoin de Jéhovah chez soi !
Généralement on évite… Mais là, fais une exception. Il suffit de le laisser parler et simplement de l’écouter attentivement. Là où ça se corse c’est pour le remercier de t’avoir tenu compagnie un jour de congé. Que là il est tard, et que demain tu vas grimper et qu’il faut que tu te couches tôt.

14 – Faire du jardinage !
Même si tu vis en appartement, tu peux cultiver dans un bac à fleur du persil, de la ciboulette, de la menthe, du cannabis…
Pour ce dernier, l’idéal est de le mettre dans une salle de bain éclairée. Il lui faut de la chaleur et de l’humidité.
À l’extérieur : Tu peux tracer le chemin d’accès à la falaise, faire des marches pour limiter l’érosion, couper les orties, les ronces, le lierre…

15 – Un triathlon !
Belote – Fléchettes – Palet
Scrabble – Trivial Pursuit – Pictionnary
Toutes les combinaisons son possible… Franchement, il faut qu’il pleuve des chiens - comme disent les anglais - pour en arriver là ton jour de congé.
Prends un joker, va faire de la muscu dans une salle.

16 – Faire du bricolage !
Aménager son petit chez soi : repeindre les pare-chocs, changer les essuie-glaces, coudre des housses pour les sièges avant, renforcer le coffre de toit…
Ah, tu ne vis pas dans un camion ?
Dans un appartement, pas besoin d’un spit de 10 pour un petit cadre photo, alors change le foret de ton « Hilti ».







17 – Recycle !
C’est à la mode. Ramasse toutes les bouteilles plastiques qui traînent autour des  parkings de Fontainebleau et :
1 – Tu fais une sculpture moderne.
2 – Tu les envoies à Patagonia pour qu’ils te fassent une polaire sur mesure.
3 – Tu les mets dans le bac vert.
Non ! Vert c’est pour le verre. Pour le plastique, c’est jaune. C’est d’un compliqué !!!

18 – Aller à l’église !
Au temple, à la mosquée, à la synagogue…
Tu penses comme Karl Marx que la religion est l’opium du peuple.
Alors va voir un match de foot ou de rugby…
- Ah bon, c’est pareil ?

19 – Apprendre par cœur « Waterloo morne plaine » !
C’est super long, c’est super chiant… Mais quel effet le jour où tu le récites dans son intégralité, au mariage de ton pote.
Il existe d’autres poèmes moins longs, moins chiants :  mon truc à moi c’est  « Mignonne, allons voir si la rose » de Ronsard et je t’assure que ça marche avec les filles.

20 – Les jeux vidéo !
Que ce soit tout seul sur Nintendo, à plusieurs sur la toute nouvelle Wii, ou avec le monde entier avec World of Warcraft ou Lord of the Ring « on line »… Le risque de cette activité c’est l’addiction…
Alors il faudra que tu penses à grimper pendant ton jour de repos du jeu.

21 – Collectionner !
Cure-dents de star, coquilles de moule, boules à neige… Rechercher « la » pièce maîtresse qui viendra parfaire sa collection c’est comme être un chasseur de trésor. Si les vieux pitons chargés d’histoire t’intéressent plus que les babouches pointure 38, tu peux encore espérer en récupérer un ou deux placés par Gary Hemming dans la face sud du Fou…
Pour ma part, je collectionne les « Pacemakers », et à ce propos si tu connais dans ton entourage quelqu’un qui en porte et qui veut bien me le réserver…

22 –  Faire la cuisine !
Le carpaccio ! Ça en jette et comme il n’y a pas de cuisson, tu ne  peux pas te planter. Ou alors atomise ta mère en cuisinant une paella le jour de la fête des mères. Pense quand même à t’entraîner un peu avant.
Invente des salades composées pour emporter au pied de la falaise : c’est toujours meilleur que « le sandwich et le verre d’eau » et grâce au N° 11 tu as de quoi les transporter sans que la sauce ne coule au fond du sac à dos.
 
23 – Les Canadiens appellent ça jouer aux fesses !
Mais on peut dire aussi regarder les feuilles par-dessous.
En clair : un câlin à ta copine ! Oui, « elle vaut bien ça » la fille qui t’assure et qui supporte tes jurons quand pour la énième fois, tu prends un plomb dans :  « ce putain de 8a+ ».





24 – Écrire un article !
Un article un peu con qui ne sert à rien d’autre qu’à te faire passer un bon moment un jour de repos et bien voilà c’est fait …

lundi 30 novembre 2015

Cratères du Mont Cameroun, le Char des Dieux

L
es pays du Golfe de Guinée sont un espace tampon entre l'Afrique Noire et l'Afrique du Nord. Loin des enlèvements, des exactions et de la terreur qu'impose l'Acmi. C'est l'Afrique des pauvres, de la surpopulation. L'Afrique oubliée des catalogues des agences de voyages. Dans cette palette chromatique dominée par les tons glauques, un pays se distingue avec ses yeux pers, une Afrique en miniature, le Cameroun.

Cratères
du Mont Cameroun,
le Char
des Dieux


V
oilà le temps des brochures des agences de voyages qui revient. Des photos vues des centaines de fois. Des nouveautés qui n'en sont pas, des voyages inédits aux départs assurés.
Des sentiers dressés comme les lions d'un cirque à force d'être battus.
Je veux du nouveau, de l'aventure, de la vraie, de la boue, de la moiteur, de la découverte…
De l'aventure !
Celle où l'on plonge corps et âme. Celle où l'on ne sait pas dans quelles conditions on va dormir. Celle où un déplacement en minibus devient un vrai voyage. Celle qui réserve des surprises en ouvrant le robinet de la salle de bain d'une chambre d'hôtel cafardeuse.
Oui en fait c'est cela !
Je veux voyager.

P
our cela, il n'y a pas d'autre alternative que de prendre les choses en main, choisir une destination oubliée et pour assurer un départ, jouer les commerciaux, les ambassadeurs… Constituer un groupe.
Une fois de plus, c'est vers l'Afrique, que mes yeux lorgnent. Mon doigt stoppe insidieusement la rotation du globe terrestre. Le hazard fait bien les choses. Hazard ? Vous avez dit hazard ? Comme c'est bizzare.
Une vision floue du continent me fait pencher vers l'Afrique de l'Ouest, le golfe de Guinée, le Cameroun… le Mont Cameroun.

Le souffle des Dieux

Le plus laborieux reste à faire : Décider quelques amis pour constituer un groupe. Alors, je m’y colle. Téléphone et liste de contacts.
Vincent sera le plus difficile à convaincre, c’est un mystique.
- Allô Vincent, ça te tentes ?
- Bof
Je m’en doutais, il faut jouer sur le concept, sur l'aspect mythique d'un tel voyage.
- Si si... attends, laisse-moi te raconter. Imagine, un aller simple, un itinéraire de rêve, une ligne fabuleuse tracée par les anciens qui croyaient que les dieux utilisaient le souffle du volcan pour se déplacer.
Une superstition séculaire qui trouve ses racines dans les entrailles de la terre africaine.
- Ah ?
Il commence à mordre, j’enfonce le clou car je le sais féru d'histoire.
Francis Richard Burton en 1861 fût le premier à en faire l'ascension avec le botaniste Gustav Mann. Cet explorateur anglais avait déjà à son palmaresse la découverte du Lac Tangananyika en
1858 ! Ce qui n'est tout de même pas rien !  C'est quasi à Richard Francis Burton que tu dois la première traduction des contes des Mille et Une Nuits et du fameux Kâmasûtra que tu caches dans ta bibliothèque. Burton est aussi un des premiers européens a faire le pèlerinage à La Mecque.
10 jours hors du temps... Une petite aventure... Sur les traces des plus grands explorateurs. L'ascension d'un sommet volcanique de plus de 4 .000 mètres d'altitude. Il n'en faut pas plus pour que Vincent se décide :

- Ah! Et c’est quand ?

Forêt humide, source de vie

Et voilà, et d’un ! c’est une affaire qui marche, suivant : Pascal.
Pascal : facile ! Il faut lui parler des grands espaces. De l'extraordinaire végétation tropicale et équatoriale.
Alors mon argumentation porte sur les étapes clefs. Dès le premier jour d'ascention, tu vas cheminer dans la forêt – que seule la langue anglaise arrive à qualifier sans faire peur – la rain forest !
Entre les tropiques du Capricorne et du Cancer, chaleur, pluies abondantes et lumière constante permettent à la flore d'exprimer toute son exhubérance. Cette forêt abritent plus de 75% de la biodiversité mondiale. Elle était très certainement le refuge des premiers habitants du Cameroun bien avant Jésus Christ, des chasseurs-cueilleurs nomades pygmées.
Aujourd'hui, sur les flancs du volcan, elle abrite un petit éléphant menacé d'extinction. Car tu verras que les pentes de la montagne sont un labirynthe de sentiers de braconniers, de débardeurs, et de cultivateurs.
Puis les jours suivants entre 3.000 et 4.000 mètres d'altitude tu déboucheras dans la savane, sèche et irréelle du plateau sommitale. Ca et là des bouches éruptives hoquettent encore quelques fumerolles et sur la dernière coulée de lave de 1999, la végétation n'a pas encore repris ses droits – seules quelques fougères bravent vigoureusement le désert minéral et l'altitude.
Je lui parle encore de ce fameux Botaniste : Gustav Mann qui donne son nom à la seule source d'eau et auprès de laquelle nous établirons notre campement.
 - Ok, Ok n’en rajoute pas, laisse un peu de place pour la découverte : bien sûr que je viens.

Eau et gaz à tous les étages… enfin presque !

Et de deux !
Une fille maintenant : la belle Caroline.
- Oui je t’assure tout est très bien organisé.
Il y a des tentes… Enfin, des tentes… Pas des North Face de luxe… Tu sais qu'il est toujours agréable de dormir à la belle étoile et justement là-bas le ciel est pur sans lumière parasite, idéal pour observer les étoiles.
- Oui, il y a un cuisinier. Enfin, tu sais un coup de main est toujours le bienvenu et tu sais tellement bien faire la cuisine même sur un petit feu de bois sans cuisinière électrique.
- Oui, après les campement nous irons à l'hôtel. Pas de soucis pour ta douche… Enfin, tu sais l'alimentation en eau et en électricité des villages est capricieuse. Si les pompes sont en panne, il faudra se débarbouiller dans une bassine d'eau froide.
Sur les 50.000km de route que compte le Cameroun seulement 5.000 sont asphaltés, ce qui relativise l'absence d'eau chaude dans toutes les douches.
- Non, il ne fait pas trop chaud.
Le pays est situé entre l'équateur et le tropique du Cancer. Il est donc sujet aux deux climats, équatorial et tropical. L'alternance de saisons sèches et saisons des pluies est très marquée. En partant cet hiver nous mettons toutes les chances de notre côté pour bénéficier d'un temps agréable sans pluie et chaleur étouffante.
- Non, ce n'est pas dangereux.
Le mont Cameroun est le dernier édifice volcanique continental de l'épine dorsale camerounaise. Il s'élève à l'extrème sud-ouest du pays. Son activité volcanique est avant tout fumerollique, tout comme sur les volcans des îles du golfe (Sao Tomé et Principe, Bioko et Annobon) ou plus au nord dans les Monts Manengouba. Et l'on restera assez éloigné du lac de cratère Nyos qui entra en éruption limnique en 1986 et fit plus de 1.700 victimes. Quand bien même, en 2011 une équipe de scientifiques a installé les dernières colonnes de dégazage prévenant ainsi une autre éruption meurtrière.
Dans le sud du pays, il n'y a pas de conflit inter-ethnique – pourtant plus de 250 ethnies différentes composent le patchwork humain du pays.
Pas de guerre, loin du Sahara où l'Acmi s'agite encore. Paul Biya vient d'être réélu à la présidence de la république, il l'est depuis 1982 ! Et tu verras le pays s'est construit après la décolonnisation européenne, il garde étrangement une partie francophone et une autre anglophone.
- Non, ce n'est pas…
- …
- Non…
- …
- Oui.. tu viens ?

Les Lions du Cameroun
Et hop aux suivants :
Manu est un adepte des magazines "People". De la vie des stars… il connaît tout ou presque. 
Pour lui, la région qui a inspiré le début du film : Tarzan, la légende de Greystock avec Christophe Lambert c’est sans hésitation : oui.
La chute d’eau d'Ekom-Nkam, haute de 80 mètres ; il l'a vu 93 fois en DVD, aussi est-il partant pour plonger dans un décor de cinéma. Il rêve d'approcher les derniers gorilles du pays, mais nous n'aurons pas le temps cette fois-ci. L'occasion d'un prochain voyage ?
Il enchaîne.
Yannick Noah est né en France mais il reste très attaché au pays de son père. Il est d'ailleurs très proche du président Paul Biya et soutient l'association de la femme du président Chantal Biya : Unis pour Vaincre.
Finalement Manu mène notre conversation téléphonique.
Il y a aussi Calixthe Belaya, l'écrivaine sulfureuse qui a fait beaucoup parler d'elle en ayant une liaison avec Michel Druker.
Tu connais me dit-il ?
Une autre écrivaine que j'adore ! Léonora Miano ! Tu connais ? Il faut absolument que tu lises "La saison de l'ombre". Elle vient de recevoir le prix Fémina pour ce roman qui donne une autre vision de la traite négrière.
Et puis- j'allais l'oublier ! hurle-t-il. Il y a Manu Dibango et son saxophone ! Il me fait écouter un morceau pendant qu'il vaque sûrement à d'autres occupations, je raccroche avant qu'il ne reprenne le combiné et qu'il me cite tous les joueurs de l'équipe de foot, "Les Lions du Cameroun", de leurs derniers exploits en Coupe d'Afrique des Nations : prenant pour acquis sa participation.

Les crevettes de la renommée

Ludovic est plus “culturo-histoire” : ça tombe bien, car si le Cameroun est un jeune pays, la République Fédérale du Cameroun est née officiellement en 1961 à la suite de la décolonisation française et anglaise. Son histoire est très riche.
On sait que dès le XVème siècle les portugais venaient pêcher le long des côtes du golfe de Guinée. En s'aventurant dans l'estuaire du Wouri, ils constatairent que les eaux étaient particulièrement riches en crevettes. Aussitôt ils baptisèrent le fleuve, "Rio dos Camaroes" (la rivière aux crevettes) que les marins anglais se chargèrent de transformer en "Camarones".
Après les portugais, ce sont les hollandais et les allemands qui s'installèrent sur ces terres propères de la traite négrière. Les allemands établissent alors un protectorat.
Camarones devient "Kamerun", et les premières grandes plantations (hévéas, bananiers, caféiers…) voient le jour.
Il faut attendre la fin de le première guerre mondiale et la destitution du protectorat Allemand pour que la Société des Nations confie le pays aux anglais et aux français.
Aujourd'hui l'organisation du pays repose sur une administration calquée sur la France, en tenant compte des chefferies et des royaumes qui le composent. Les chefs sont très influents dans la politique générale et locale. D'ailleurs un circuit au Cameroun ne s'envisage pas sans leur rendre visite. Ce que nous ne manquerons pas de faire en arrivant dans les villages.
Ludovic est rassuré et adhère au programme.

Et de Cinq pour notre petit club.

Terres promises

Quant à Odile et Marc, ce sont les contacts avec les gens qu’il faut mettre en avant.
Quoi de mieux qu'un pays de traditions orales pour les convaincre. Comme le raconte très justement l'ethnologue Nigel Barley dans son premier livre sur son expérience au Cameroun "L'antropologue en déroute", si l'on donne la parole à un conteur – il la garde sans vous la rendre !
Le Cameroun est une mosaïque de plus de 250 ethnies. Les Peuls sont majoritaires avec les Kirdis et les Bamilékès, mais chaque groupe minoritaire possède ses coutumes, son architecture et sa propre langue. On trouve encore au sud du pays une poignée de pygmées qui vivent traditionnellement reclus dans la forêt tropicale.
Le Cameroun est aussi une terre d'asile pour les exilés et les réfugiers des pays avoisinant comme le Rwanda, la République Centrafricaine, le Tchad… D'après le Haut Commissariat aux Réfugiés, le pays accueille actuellement plus de 14.000 personnes.
L'envers du décors : des milliers de camerounais tentent leur chance vers la France. Ici tout le monde connaît quelqu'un, ou a quelqu'un de la famille qui a fait le grand voyage.
Pour les uns, la France est un pays où l'argent coule à flot, pour les autres, le travail est au coin de chaque rue. La France est la terre promise.
Alors pour convaincre Odile et Marc, il suffit de leur parler de ces contacts chaleureux, des longues palabres avec les chefs de villages. De l'ambiance bon-enfant des rues de Yaoundé, le vendredi soir, quand les dandies sortent pour être vus dans leurs beaux costumes colorés et faits sur mersure. Quand les filles vont au dancing, maquillées comme des voitures volées en se frayant un passage entre les hordes de marchands ambulants. Leur raconter que les agriculteurs sont toujours prêts à cueillir une banane pour l'offrir aux visiteurs en échange de quelques mots.

Pour eux, la destination est idéale, ils feront donc parti du voyage.

A
ller un p’tit dernier pour la forme. Jeff, sympa mais râleur.
- Allo Jeff ? Une semaine de… ça te tente ?
- Ah tu pars en Cappadoce…
- Ok et bien bon voyage nous c’est parti pour l’Afrique.

Et voilà je compte 7 et moi 1, ce qui fait 8. Parfait voilà un petit groupe. Un petit tour sur le site d'Allibert-Trekking, les seuls à proposer ce circuit (mais pour combien de temps encore ?) et en dix minutes tout le monde est inscrit.
Elle est pas belle la vie ?

Voilà c'est fini. Retour en France.

Cette paranthèse de sueur, de poussière, de sourires, d'immensité est terminée. Cette histoire de voyage en accord parfait avec la cacophonie des attentes des membres d'un groupe est déjà transformée en anecdoctes croustillantes, en souvenirs édulcorés.

Ce voyage restera au-delà de nos espérances, ancré dans nos semelles et nos carnets de bord.

Il y a eu des transferts en minibus bondés et surchargés, des crevaisons, des pannes, des routes cabossées et des pistes défoncées. Nous avons même perdu une roue ! Fort heureusement au démarrage, juste après un arrêt "photos", personne n'a été blessé et un garagiste n'était pas loin pour réparer les dégats.
Il y a eu de nombreux contrôles routiers. La police, la gendarmerie et autres administrations stoppent les véhicules, vérifient les passeports et attendent un petit billet en retour. Ici, là-bas, on appelle cela "payer la bière".
Il y eu les sièges plastifiés qui ventousent les cuissent au moment de se dégourdir les jambes ou d'acheter des bananes sur le bord de la route. Les trous et les bosses de la piste que l'on ramasse sur le crâne le temps de s'assoupir.
 
Il y a eu le vent, les nuages, et l'ivresse du sommet.
Les paysages dadaïques de la montagne. Oui ceci est un volcan !
Il y a eu des aller et retour avec les charges de nourriture sur nos épaules. Manu a porté toutes les tentes sur un dénivelée de plus de 1000 mètres, un porteur sautillant joyeusement avec son sac à ses côtés tout en lui faisant la conversation dans les montées les plus raides. Certains cultivateurs qui délaissent leurs champs pour gagner quelques CFA en se faisant porteur ont tout simplement flanché.
Il y a eu cette plante étrange et urticante comme du sumac que nous n'avons pas pu réellement identifier mais qui a laissé des traces indélébiles sur les jambes fuselées de Caroline.
Il n'y a pas eu d'eau chaude – ni même d'eau tout court - dans les douches de l'hôtel. Heureusement la rivière n'était pas loin pour nous laver de la boue et de la poussière volcanique.
Il y a eu le marché de Douala, coloré, animé, mais au combien tendu quand un groupe de blanc bardé d'appareils photographiques est jugé un peu trop voyeur.
Il y a eu l'ambiance festive et burlesque de l'arrivée de la Course de l'Espoir : un trail si dur qu'il n'est pas inscrit au programme international des grandes courses.
Il y a eu l'accueil des chefs, conteurs nés dans un pays de traditions orales. Ce qui signifie des après-midi entières à les écouter discourir des sociétés secrètes. Ne s'interrompant que pour poster un commentaire ou une photo sur Facebook avec leur Smart phone … Quand la modernité télescope la tradition.

Il a eu ces couchers de soleil embrasant l'horizon. La lumière africaine est unique et universelle à la fois.
Il y a eu le surbooking de l'avion de retour – enfin plus exactement -  l'avion de la veille n'avait pas pu décoller à cause d'un problème technique. Il était cloué au sol en attendant un technicien spécialiste. Les passagers de la veille pensaient naturellement être prioritaires pour ce vol… Une sacrée pagaille !
Il y a eu les repas dans les rues de Yaoundé, animation, marchandage, poisson grillé et bière fraîche.
Il y a eu tant d'autre chose qu'il vous faudra franchir le pas et les découvrir par vous-même.










D
epuis ce voyage, Pascal ne pense plus qu'à une seule chose : réunir des fonds pour aider à la sauvegarde des Gorilles Cross River. Ces gorilles sont les primates les plus menacés sur terre. Ils sont classés dans la catégorie des espèces en danger d'extinction. Il ne reste que 150 individus qui vivent en petits groupes dans la forêt tropicale sur la frontière du Cameroun et du Nigeria.
Odile et Marc ne sont pas rentrés avec nous, ils ont tous deux profité d'un congé solidaire pour aider à combattre la première cause de mortalité sur place, le paludisme. Ils parcourent la brousse de village en village pour jouer des pièces de théâtre mettant en scène les méthodes de prévention simple.






vendredi 27 novembre 2015

Réservez vos places !

- T7LH
Inde himalayenne - Inde

Réserver
DU ZANSKAR AU CHANGTANG
Prix à partir de : 3995 € 
Durée : 26 jours
Satisfaction : nombre
de note insuffisant
Trekking - Niveau 5 Liste des niveaux
Sans thème
  • Une immersion totale au petit Tibet entre Ladakh et Zanskar. 
  • 17 jours de trekking : une aventure rare.
  • Les monastères somptueux du Ladakh.
  • Thantak et Shadey, villages du Zanskar oubliés du monde.  

    jeudi 6 août 2015

    Les différents milieux (Part 2)

    Après les montagnes (article publié le 6 mai 2015)
    Voici les "iles"! 
    A lire au choix : Sur le site Albert-Trekking : Les îles
    ou ci-dessous tout simplement. 







    Eaux turquoise, sable fin, soleil, nature exceptionnelle... les îles sont des appels aux rêves et aux mythes. Pour preuve, au substantif “île”, l’adjectif “paradisiaque” est le plus souvent apposé. Les Grecs y faisaient vivre le panthéon des dieux. Plus tard, au Moyen Age, on y situait le jardin d’Eden, et au XVIe siècle, une île était le théâtre du mythe de l’Utopie. Mythes de l’Atlantide, de Thulé, d’Avalon… Mystères de l’île de Pâques, des îles de pirates... 


    Qu’est-ce qu’une île ? 
    Très prosaïquement, la géographie la définit comme une masse de terre entourée d’eau de manière temporaire ou permanente. Une terre qui se prête à l’habitation humaine et à une vie économique propre. Une île peut être de la taille d’un continent ou de très petite superficie, comme l’atoll de Vaitupu dans l’archipel des Tuvalu (environ 5,6 km2). 
    La géologie, quant à elle, distingue les îles par leur formation :
    • Après la dernière glaciation, certaines parties intégrantes d’un continent ont été isolées par la montée des eaux. L’exemple le plus proche de l’Europe est la Grande-Bretagne.
    • La Corse et la Sardaigne se sont détachées du radeau initial européen pour suivre leurs propres errances. Tout comme l’Australie faisait corps avec l’Antarctique avant de s’échapper vers le nord. La dérive des continents est à l’origine de ces îles.
    • Les îles volcaniques surgissent des flots par accumulation de matière lors des éruptions (Hawaii, La Réunion, les Açores...).
    • Certaines de ces îles volcaniques servent de support au développement d’un anneau de corail avant de s’éroder et de disparaître de la surface de l’eau. Ce sont les atolls des Maldives ou de Tahiti, par exemple.
    • Enfin, il existe des îles artificielles qui permettent d’accroître la surface utile à la population comme les îles-radeaux de roseaux des Uros qui flottent sur le lac Titicaca.

    Et pour le trekkeur ? 
    Il y a tout d’abord le tropisme. Nulle part ailleurs on ne peut admirer un coucher et un lever de soleil sur l’horizon plan de l’océan. Nul autre espace (si ce n’est le désert) jouit d’une image si intimement liée au soleil. 
    Ensuite, le concept de “robinsonnade” véhiculé par la littérature, le cinéma, la télévision, nous pousse (nous randonneurs) à un retour aux sources, à l’originel, l’envie d’être seul au monde.
    Le paradoxe du trekkeur est de rechercher tout à la fois cet “isolement” dans les différents milieux qu’il fréquente (la montagne, les déserts et les îles), tout en partageant cette aventure avec des compagnons.
    L’espace limité des îles, que l’on peut s’approprier aisément, est un avantage. Le voyageur repart le plus souvent avec avec le sentiment d’avoir fait le “tour” des lieux.



    Tant de choses à découvrir…  
    — Des sentiers originaux comme les levadas (canaux d’adduction d’eau) qui courent de part et d’autre des vallées et des volcans de Madère, ou les sentiers côtiers taillés dans la lave du Cap-Vert. 
    — Une rencontre avec une culture oubliée : les mystères des moais de l’île de Pâques, les Akas néozélandais...
    — Une langue singulière comme le créole des Antilles, le catalan des Baléares... 
    — Une activité économique hors du temps : la pêche à la morue au large des Lofoten, les cultures maraîchères sous serre d’Islande...
    — L’activité volcanique d’une grande majorité d’entre elles : les Eoliennes, Hawaii, les Aléoutiennes...
    — Une faune surprenante : les kangourous, les opossums d’Australie, les lémuriens de Madagascar ou les varans géants de Komodo...
    — Une flore endémique : les “sabres d’argent” de Maui à Hawaii, le pin des Canaries...
    Les fonds sous-marins des Maldives, des Seychelles ou de Port-Cros, que l’on découvre simplement avec un masque et un tuba. 

    Et, partout, le sourire des insulaires. Que l’on soit à Bali, en Crète, à Cuba ou au Groenland, l’accueil des îliens est direct, vrai et sincère. 

    Ex-îles
    L’île est donc “isolée” du reste du monde. Les deux mots, île et isolement, trouvent leur étymologie dans la même racine latine. 

    Les îles ont servi et peuvent encore servir d’isolement naturel à l’homme. Qu’il soit volontaire comme celui de Gauguin et Brel dans les Marquises ou forcé comme celui de Napoléon sur les îles d’Elbe et de Sainte- Hélène, Mandela sur Robben Island Cap, Papillon au bagne de Cayenne. 
    Sur l’Hudson, non loin de Liberty Island où s’élève la statue de la Liberté, Elis Island fut quant à elle la porte d’entrée d’un continent pour les immigrés au début du XXe siècle. 

    mardi 4 août 2015

    Maiden Saleh, ersatz de Petra ?

    Dans Coke en stock et Au pays de l’or noir, Tintin nous faisait découvrir au cours de ses aventures une cité nabatéenne : Petra.
    Hergé mettait alors le doigt sur les enjeux économiques des années futures et annonçait les chocs pétroliers de la fin du siècle. L’action se situait en grande partie dans un Etat imaginaire : le Khemed. A la lecture de ces bandes dessinées, il est frappant de constater que les paysages du Khemed sont plus proches de l’Arabie Saoudite que de la Jordanie. Pourtant, c’est bien Petra que le dessinateur a reproduit en dessinant le Siq et le Khazneh d’après les lithographies de David Roberts.
    Hergé savait-il qu’il existe en Arabie Saoudite une autre cité nabatéenne du nom de Maiden Saleh ?


    Avant que ne s’amorce le phénomène de désertification, il y a 30 000 ans, la péninsule Arabique bénéficiait d’un climat plus frais et humide qu’aujourd’hui. Au fil des années sans pluie, savanes et lacs ont disparu, laissant dans le paysage des reliques de cette époque. Le site de Maiden Saleh se cache dans le nord du pays, à 400 kilomètres de Médine, dans une plaine alluviale où sont disséminées des tours de grès. Aujourd’hui, le désert gangrène ce paysage rugueux, et les maisons du village d’Al Ula, tout proche, se blottissent autour d’une petite oasis. Au fond d’une gorge, les maigres palmiers dattiers et les jardins sont encore cultivés grâce à la pugnacité des habitants et portent fièrement leurs couleurs, le vert, comme un défi au désert avoisinant.

    Le prophète et la légende de la chamelle miraculeuse

    F
    ier, Hatem, notre guide, l’est aussi, dans sa djellaba immaculée et coiffé du traditionnel keffieh rouge et blanc. Il nous accueille sur le parvis de l’unique hôtel du village. On le croirait tout droit sorti des aventures de Tintin. Il pourrait être le tuteur du jeune et odieux prince Abdallah.
    Mais, très sérieusement, Hatem, en sa qualité de guide-interprète, est  mandaté par la Commission du tourisme et des antiquités. Il est chargé de faire découvrir la cité nabatéenne de Maiden Saleh à notre petit groupe.

    L’homme est très érudit, croyant. Il commence par nous expliquer autour d’un verre de thé, qu’il y a treize siècle, le Coran faisait déjà mention d’une cité où les hommes habitaient des maisons creusées dans les rochers.
    Maiden Saleh tire son nom d’une légende, que l’on retrouve dans le Livre Saint. Le prophète Saleh envoya aux Tamûds, une tribu de pasteurs vivant dans cette partie du désert, une chamelle miraculeuse comme preuve de l’existence d’un seul et unique dieu. Cette chamelle avait le pouvoir d’abreuver de son lait tous les habitants d’une ville ancienne. Sceptiques, les hommes de la tribu tuèrent la chamelle miraculeuse… Outrage au prophète et à son dieu ! Trois jours après, le temps d’un souffle, les Tamûds disparurent à tout jamais de la surface de la Terre.

    Loin de la légende, les historiens situent entre le IIe siècle avant J.-C. et le IIe siècle après J.-C l’avènement d’une autre tribu : les Nabatéens.
    Ces nomades du grand désert arabique ont commencé par piller les caravanes de marchandises puis, rapidement, ont établi des comptoirs d’échange et des caravansérails dans le désert, afin d’avoir la main- mise sur les richesses.
    On retrouve ainsi leurs traces le long d’un axe sud-nord, entre le désert d’Arabie, le wadi Ram, dans l’actuelle Jordanie, et le Néguev.
    La cité de Maiden Saleh est aussi appelée Hegra ou encore Al Hijr par l’Unesco, qui a inscrit ce site archéologique en 2008 sur sa liste des sites remarquables.

    Hatem poursuit en notant que le site a été répertorié en 1876 par Charles Doughty, un écrivain voyageur dans la tradition anglaise. Il termine cette présentation sur une citation de Flavius Joseph. Dans ses mémoires, le Romain (dont le nom est inscrit sur le fronton d’un tombeau de Petra) décrivait les Nabatéens en ces termes : « Ce sont des nomades vivant sous la tente, ils n’ont pas de maison, ne boivent pas de vin et élèvent des moutons et des chameaux. »

    Bâtisseurs d’empire : les Nabatéens 
    A
    u village d’Al Ula, nous montons dans des 4X4 rutilants pour parcourir 20 kilomètres d’une piste sèche et poussiéreuse et déboucher au détour d’une clôture sur un guichet planté au milieu de nulle part. Un petit homme nous délivre les tickets d’entrée et comptabilise les quelques rares visiteurs.
    Hatem explique que le site archéologique de Maiden Saleh est fermé depuis 1985, afin de le protéger des dégradations. En effet, les Bédouins de la région ne voient pas d’un bon œil un afflux touristique. Afflux touristique est un bien grand mot : nous ne rencont




    rerons pas un seul touriste durant notre séjour.

    Le paysage n’a rien à voir avec Petra. Alors qu’en Jordanie l’ancien caravansérail se cache dans un labyrinthe de djebels rocheux, ici, une plaine s’ouvre à nous, immense et rude, battue par les vents. Seuls quelques acacias et quelques touffes de graminées supportent les lourds rayons du soleil. Au loin, les buttes rocheuses propices aux constructions troglodytiques.

    « Les Nabatéens sont devenus de redoutables commerçants et des bâtisseurs hors pair », commente Hatem devant la première façade.
    Ils commençaient la taille des façades par le haut des buttes rocheuses. Après chaque étape de la construction, la plate-forme façonnée à même le grès était détruite. Ils n’utilisaient pas d’échafaudage !
    A Maiden Saleh, beaucoup d’édifices ne sont pas terminés, abandonnés avant d’être achevés par les tailleurs. Souvent, les sculpteurs ont rencontré une strate de grès sablonneux et n’ont pu poursuivre leur œuvre.
    On retrouve sur les façades ce que les archéologues appellent le style « nabatéen » : des pyramides égyptiennes, des frontons grecs, des merlons (escaliers à l’envers) mésopotamiens. Les Nabatéens s’appropriaient l’architecture des autres grandes civilisations avec qui ils commerçaient.
    La richesse du site est estimée à plusieurs centaines de monuments. Actuellement, 138 tombeaux rupestres ont été répertoriés.

    Hatem nous emmène plus loin, son œil pétille, il veut absolument nous montrer les inscriptions gravées sur la falaise à droite d’un tombeau. Car si les façades de Maiden Saleh sont moins décorées qu’à Petra – seuls quelques griffons, serpents et aigles ornent les façades –, il faut voir dans les nombreuses inscriptions l’une des richesses du site.
    L’écriture nabatéenne, issue de l’écriture araméenne, est la base de l’alphabet moderne arabe. Très peu d’archéologues sont capables de la déchiffrer et d’en comprendre le sens. Généralement, ce sont des ordres de construction ou des messages aux dieux nabatéens. Dushara, l’entité mâle, et El Uzza, l’entité femelle. Les représentations divines, de simples pierres appelées bétils, étaient exposées dans des niches.

    Des canaux courent sur toutes les collines, alimentent des citernes creusées dans la roche pour  récupérer les eaux de pluie. Le système d’adduction d’eau était une des spécialités nabatéennes. Pourtant, ici, dans cette plaine, relique d’une oasis, la nappe phréatique était à moins de dix mètres de profondeur quand les frères dominicains Antonin Jaussen et Raphaël Savignac  redécouvrent le site en 1907.  Depuis, 131 puits ont déjà été mis au jour par les archéologues. Un mystère…

    Au détour d’une faille, se cache l’unique triclinium recensé de l’ancienne ville. Un triclinium est une sorte de salle de réception, ou de salle à manger, que l’on pense être « communale », puisque, à ce jour, c’est le seul édifice retrouvé dans tout le site. On en dénombre plus de cinq à Petra, mais tous ont des proportions plus modestes.
    Taillée dans la falaise, la pièce est  immense. Au sol, je compte mes pas et estime la largeur et la longueur à plus de 20 mètres x 20 mètres, et le plafond semble plus haut encore.
    Des citernes d’eau sont creusées de chaque côté de l’entrée. Et l’on retrouve bien les trois banquettes, taillées elles aussi dans le grès, à droite, à gauche, et au fond. Ces banquettes présentent un petit décrochement sur lequel étaient déposés les plats pour les convives. Hatem précise que les scientifiques avancent l’hypothèse que le roi nabatéen servait lui-même ses hôtes lors des banquets.

    Face visible et face cachée
    Nous quittons l’ombre et la fraîcheur de la salle pour rejoindre une grande butte de grès. Dans les volutes de chaleur, la colline ressemble au dos d’une baleine. Sous le ciel sans nuages, les façades se succèdent, plus belles, plus fines, plus élancées les unes que les autres. Quelques acacias tendent leurs branches timidement, profitant de l’ombre de la falaise. La magie du site opère, notre petit groupe s’éparpille, oubliant les grosses pancartes gâchant la vue d’ensemble. Chacun veut vérifier encore une fois que l’ouverture ne cache rien d’autre qu’une petite pièce cubique nue, taillée dans le grès. Oubliant le soleil et la chaleur, tout le monde se retrouve autour d’Hatem, qui veut encore nous montrer une singularité de Maiden Saleh.
    A l’écart du site principal, se dresse un monolithe isolé : « l’Unique ».
    Façade monumentale taillée dans un bloc de grès défiant la platitude monotone du désert environnant, l’Unique porte bien son nom. Il se dresse tel un point d’interrogation sur cette civilisation nabatéenne disparue.

    Les façades étaient-elles des tombeaux, des salles de culte ou tout simplement des devantures de magasin ?
    C’est certainement en fouillant le sable au milieu des blocs rocheux pour exhumer la ville avec ses commerces, ses places, ses rues et ses habitations que nous en apprendrons plus. Les scientifiques ont la certitude que le site actuel de Maiden Saleh est un iceberg. Le plus important se cache sous terre…

    De quoi faire rêver des générations d’archéologues.